MONDE « Je vais poursuivre nos efforts diplomatiques jusqu'à ce que la première bombe soit lâchée », a lancé le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson...

M.C. avec AFP

— 

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson à Washington, le 12 décembre 2017. — Susan Walsh/AP/SIPA

Changement de cap à Washington ? Les Etats-Unis ont dit mardi être prêts à entamer des discussions avec la Corée du Nord « sans condition préalable », même s'ils restent déterminés à obtenir par tous les moyens, y compris militaires, que Pyongyang renonce à l'arme nucléaire.

>> A lire aussi : La Corée du Nord accuse les Etats-Unis de «chantage nucléaire»

Au moment même où le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson faisait cette annonce qui semble assouplir la position de Washington, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a lui alimenté la guerre des mots de ces derniers mois, en faisant connaître son intention de faire de son pays « la puissance nucléaire et militaire la plus forte au monde ».

« Parlons de la météo si vous voulez »

Jusqu'ici, l'administration de Donald Trump avait toujours affirmé que d'éventuelles futures négociations avec la Corée du Nord ne pourraient se tenir, à terme, qu'à condition d'avoir comme objectif la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

>> A lire aussi : Les usines d'armes sud-coréennes tournent à plein régime sous la menace du Nord

« Il n'est pas réaliste de dire "nous allons discuter avec vous seulement si vous venez à la table des négociations prêts à abandonner votre programme" » nucléaire, a dit mardi Rex Tillerson lors d'une conférence à Washington. « Ils ont bien trop investi là-dedans », a-t-il estimé au sujet du développement de missiles intercontinentaux et d'armes nucléaires par le régime de Pyongyang. « Nous sommes prêts à discuter dès que la Corée du Nord voudra discuter », a-t-il poursuivi. « Nous sommes prêts à tenir une première réunion sans condition préalable. »

« Rencontrons-nous, parlons de la météo si vous voulez, ou discutons pour savoir s'il faut une table carrée ou ronde si c'est ce qui vous fait plaisir. Mais au moins voyons-nous face à face et ensuite on pourra commencer à établir une feuille de route de ce vers quoi nous voudrions aller », a-t-il encore détaillé.

Des « efforts diplomatiques jusqu'à ce que la première bombe soit lâchée »

Changement de stratégie ? Par le passé, le secrétaire d'Etat s'est fait publiquement rabrouer par Donald Trump pour avoir évoqué l'existence de « canaux de communication » pour « sonder » les intentions de Kim Jong-un en vue d'un éventuel dialogue. « Il perd son temps à négocier », avait tweeté début octobre le président américain.

>> A lire aussi : Les voix dissonantes de Trump et ses ministres sur la Corée du Nord

Mardi, son secrétaire d'Etat a évoqué l'absence de condition préalable lors d'une séance de questions-réponses. Dans son discours préparé à l'avance, il n'y avait pas fait référence, mais il avait rappelé que l'objectif américain restait bien d'obtenir, coûte que coûte, l'abandon « vérifiable » des armes nucléaires par la Corée du Nord.

« Je vais poursuivre nos efforts diplomatiques jusqu'à ce que la première bombe soit lâchée », a-t-il d'ailleurs lancé, tout en se disant « confiant » dans la réussite de la « campagne de pression » internationale visant à sanctionner et isoler Pyongyang.

« Si la Corée du Nord fait de mauvais choix, nous sommes prêts militairement »

« Comme toujours dans la diplomatie », « nous avons une présence militaire forte derrière nous » : « si la Corée du Nord fait de mauvais choix, nous sommes prêts militairement », a-t-il aussi prévenu, estimant que les Etats-Unis ne pouvaient « simplement pas accepter une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire ». Donald Trump a plusieurs fois menacé de « détruire totalement » la Corée du Nord en cas d'attaque de la part du régime de Kim Jong-un.

Selon le chef de la diplomatie américaine, si les Nord-Coréens ne renoncent pas à leurs ambitions nucléaires, « ils risquent de franchir un seuil à partir duquel nous, les diplomates, ne pourrons plus rien faire ». « Si nous franchissons ce seuil, j'aurais échoué. Et je ne veux pas échouer », a insisté Rex Tillerson.

S'il n'y a pas de condition préalable à un dialogue, et si « la porte est ouverte », le secrétaire d'Etat a tout de même rappelé, comme par le passé, que des discussions ne pourraient intervenir qu'après « une période de calme ». « Ce serait difficile de parler si au milieu de notre discussion vous décidez de tester un autre engin », a-t-il dit à l'intention de Pyongyang, qui a tiré le 28 novembre son dernier missile capable selon des experts d'atteindre le territoire continental des Etats-Unis.