Pourquoi l'armée a du mal à fidéliser ses troupes


Pourquoi l'armée a du mal à fidéliser ses troupes
LE FIGARO - Le Figaro - France : Toute l'actualité en France  /  Le Cain, Blandine

INFOGRAPHIES - D'après un rapport publié vendredi, la fonction militaire jouit d'une attractivité «globalement satisfaisante» et conserve une bonne image dans la société française. Mais la question de la fidélisation des soldats devient cruciale à l'heure où l'armée est mobilisée sur tous les fronts.

L'armée française peine à fidéliser ses soldats. C'est le principal enseignement du 11e rapport du Haut comité d'évaluation de la condition militaire (HCECM), que Le Figaro s'était procuré après sa remise à Emmanuel Macron, le 6 septembre, et qui a été rendu public vendredi. Véritable état des lieux de l'armée en France, non seulement du point de vue des effectifs engagés mais aussi des Français et de leur perception des forces militaires, le document -consultable en fin d'article- détaille les défis actuels pour l'institution et recommande certaines mesures, vingt ans après le début de la professionnalisation.

Dans ce bilan global, la question de la fidélisation des troupes apparaît centrale. «La fidélisation constitue un défi de première importance» à l'heure où l'armée, mobilisée sur tous les fronts, a d'importants besoins en ressources humaines. D'après le rapport, 62% des militaires de carrière interrogés n'hésitent pas à déclarer envisager de quitter l'institution pour changer d'activité, si l'occasion se présentait. Deux sur dix répondent par l'affirmative de façon certaine.

Parmi les critères qui incitent le plus à rester au sein de l'armée figurent le statut militaire (79% des militaires sondés), la participation active à la défense des intérêts du pays (75%) ainsi que les rapports humains et l'esprit de cohésion (70%). À l'inverse, ceux qui incitent le plus à partir sont la conciliation entre vie privée et vie militaire pour 55% des sondés, les moyens de remplir les missions (53%) et la mobilité (45%). Voici les principaux aspects qui rendent la fidélisation des militaires difficile:

• Une «usure» du personnel

Certains métiers au sein de l'armée sont particulièrement sujets au «turn over»: les recrues laissent rapidement la place à d'autres. Le rapport cite, sur ce point, l'exemple des fusiliers marins et des fusiliers commandos de l'air. «Le caractère aride, fatigant et répétitif de leurs missions conduit à de faibles taux de renouvellement de contrat», à savoir seulement un sur deux pour les premiers et un sur trois pour les seconds. Cette situation intervient «alors que le risque terroriste renforce le besoin en protection-défense et donc en effectif de fusiliers». Le rapport évoque également la très grande sollicitation d'autres métiers spécialisés et dont les effectifs sont peu nombreux, qui «conduit à l'usure du personnel».

• Une concurrence importante

«Une partie des spécialités qui peinent à recruter est soumise à une forte concurrence», résume le rapport. Autrement dit, des recrues potentielles dotées de compétences spécifiques peuvent être rapidement sollicitées et attirées par le privé, ainsi que par la fonction publique civile. Les conditions d'engagement et les rémunérations y sont pour beaucoup. Près de la moitié des militaires sondés (48%) jugent ainsi que le secteur civil est moins contraignant et qu'il est rémunérateur (53%), en plus d'être d'abord perçu comme intéressant (80%) et épanouissant (69%).

Outre un problème de sous-effectif, cette situation implique une transmission des savoirs moins efficace, faute d'un nombre suffisant de techniciens expérimentés. «Certaines spécialités, notamment en chirurgie, sont soumises à l'attraction du secteur privé qui offre des rémunérations beaucoup plus importantes», explicite le rapport.

• Une mobilité parfois difficile à concilier avec la vie personnelle

L'un des aspects centraux dans la question de la fidélisation des militaires reste l'enjeu de la mobilité et de l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. À la différence des autres points, celui-ci peut à la fois être un facteur attractif, notamment en première partie de carrière, et une entrave à la vie personnelle. Si l'armée n'est pas le seul secteur où les agents peuvent être soumis à une forte mobilité, le rapport souligne que «la mobilité militaire est sans comparaison avec les autres fonctions publiques et le reste de la population active».

D'après le rapport, cette contrainte conduit «de nombreux militaires à choisir de vivre en célibataire géographique»: le militaire a une vie conjugale mais habite éloigné de son ou sa conjointe, de façon prolongée et non temporaire. «La mobilité des militaires a des effets directs sur les parcours professionnels des conjoints», insiste le rapport. Ceux-ci se retrouvent ainsi davantage au chômage que le reste de la population française. Nombre d'entre eux font également le choix de l'inactivité, ce qui relève «d'un choix contraint plus que d'un choix de vie».

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• Un manque de moyens au quotidien

Le moral des militaires pâtit également du peu d'opportunités de s'entraîner sur certains matériels. En effet, afin d'assurer au maximum la disponibilité et le bon état du matériel dans le cadre des opérations extérieures (les Opex), les équipements y sont affectés en priorité. Cela permet d'assurer une disponibilité très bonne - plus de 90% des matériels terrestres, par exemple - mais réduit considérablement les possibilités d'entraînement.

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À cette difficulté matérielle s'ajoute le manque de temps, dans le cadre des Opex, pour consolider les compétences. «Les militaires ont le sentiment de ne pas avoir les moyens suffisants pour s'entraîner et redoutent une baisse de leurs capacités opérationnelles», constate le rapport. Le Haut comité a ainsi «pu rencontrer des équipages de blindés qui n'avaient ni tiré, ni manœuvré avec leur matériel de dotation depuis près de 2 ans». Sur ce point, les militaires expriment également une lassitude face au manque de soutien de proximité de la part de l'administration.

Autre question matérielle, elle aussi très liée à la vie quotidienne des militaires: le manque d'investissement en matière d'infrastructure et d'hébergement. À en croire le rapport, le parc immobilier souffre de l'absence de rénovations et de mises aux normes. «Si aucun chantier n'était entrepris, 79 centres de restauration sur 350 devraient fermer pour cause de non-conformité dans les trois ans qui viennent», soulignent les auteurs, qui estiment le besoin budgétaire actuel à 120 millions d'euros en 2018, 300 millions en 2019, et 500 millions en 2020.

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Un état des lieux qui reste globalement positif

Pour autant, le rapport insiste sur l'attractivité «globalement satisfaisante» de la fonction militaire en France. «La situation actuelle de la fonction militaire comporte nombre d'aspects favorables ou positifs», résume le document, tout en soulignant que «la vigilance est de mise sur quelques questions essentielles». Sur les tendances observées et détaillées par le rapport, les auteurs précisent que «le retour à un service national, même de durée courte, ne pourrait» que les «accentuer».

Une bonne image dans l'opinion publique. Avec plus de 80% de bonnes opinions, la France se place au premier rang, avec la Grande-Bretagne, en terme d'image positive de la fonction militaire. Cette image n'a cessé de progresser depuis 35 ans.

Un recrutement globalement attractif. Il s'agit d'«un des sujets majeurs de préoccupation»: la réussite des campagnes de recrutement. Face à l'impératif de jeunesse et d'un large spectre de métiers et compétences, «l'attractivité au recrutement s'avère globalement satisfaisante même s'il existe d'indéniables fragilités», conclut le document. Les besoins en recrutement ont ainsi toujours été satisfaits.

Des motivations cohérentes. Les jeunes homes ou femmes recrutés évoquent le service de la France, la camaraderie, l'action, la discipline et le prestige de l'uniforme comme motivations premières. Soit des éléments «en adéquation avec les caractéristiques communément prêtées à la fonction militaire».

Des recrutements diversifiés. Le rapport souligne que «les militaires sont issus de toutes les catégories socioprofessionnelles, les phénomènes d'endorecrutement restant dans l'ensemble minoritaires». Notamment, «la fonction militaire semble particulièrement attractive pour les jeunes des quartiers défavorisés». Le HCECM rappelle par ailleurs que les forces armées françaises sont parmi les plus féminisées: 15,2% des effectifs des armées sont des femmes, 16,9% dans la gendarmerie. «Ce qui est reconnu comme un gage de qualité», affirme le document.



Original Article: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/10/07/01016-20171007ARTFIG00083-pourquoi-l-armee-a-du-mal-a-fideliser-ses-troupes.php

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