TV Le chef de l'Etat fait ce dimanche soir sa première grande interview télé, sur TF1 et LCI, avant de lancer la réforme de l'assurance chômage...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron, le 10 octobre 2017 à Francfort (Allemagne). — Peter Klaunzer/AP/SIPA

  • Emmanuel Macron répondra aux questions de trois journalistes ce dimanche soir sur TF1 et LCI.
  • Le président n'avait jusqu'à présent accordé aucune longue interview télévisée, pas même à l'occasion du 14 juillet dernier.

La parole « rare » d'Emmanuel Macron se déliera ce dimanche soir lors d'une longue interview télévisée sur TF1 et LCI, sa première sur une chaîne française depuis qu'il a été élu. Le président répondra pendant une heure aux questions de David Pujadas, Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, alors qu'il lance la réforme de l'assurance chômage et qu'il est critiqué comme le « président des riches » par une large partie de la gauche.

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Finie la parole « rare » ?

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a boudé les interviews télé, même celle devenue traditionnelle du 14 juillet. En six mois, il n'a accordé que cinq entretiens : deux à des groupes de journaux français et européens, un entretien-fleuve au magazine Le Point, un autre à la chaîne américaine CNN et un dernier, samedi, à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Le président a privilégié les discours officiels, retransmis en direct sur la page Facebook de l'Elysée (à l'audience bien moindre qu'une chaîne de télé), et en général sans questions. Avec cette interview un dimanche soir à l'heure du pic d'audience sur une chaîne grand public, le président semble avoir décidé de faire une exception dans sa communication.

« Contrecarrer l'image d'un président de la France qui va bien »

« Cela s'explique d'abord et avant tout par le sentiment qu'a Emmanuel Macron qu'il a du mal à expliquer aux Français la direction dans laquelle il va. Il a le sentiment qu'une partie de l'électorat pense qu'il favorise les plus favorisés, qu'il est plus le président de la France qui va bien que de celle qui va mal, estime Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF. Il y a donc un enjeu très important pour lui : il s'agit de contrecarrer cette perception de son action, car il sait très bien que si cette image de lui s'ancre, cela sera difficile de la modifier ».

Le politologue cite des sondages d'opinion : « Les Français créditent Emmanuel Macron de son dynamisme, du fait qu'il met en œuvre les engagements de campagne. Mais ils apprécient moins son style. Ils estiment qu'il a un problème de proximité avec les Français, et c'est dans ce cadre qu'il vient s'exprimer à la télé, le média majoritaire chez les Français ». Selon le chercheur, Emmanuel Macron pourrait annoncer ce soir qu'il renouvellera l'exercice de l'interview télévisée régulièrement. « Mais je ne m'attends pas à des changements spectaculaires sur la forme de la communication présidentielle, tant il est important pour lui de montrer qu'il ne communique pas comme ses prédécesseurs ».

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« Rassurer les Français », notamment les retraités et les fonctionnaires

Sur le fond, le chef de l'Etat devrait revenir sur les mesures prises lors des six premiers mois de son quinquennat et aborder les prochaines échéances gouvernementales. « Il veut faire mesurer aux Français l'ampleur du travail accompli en cinq mois et tracer les prochaines étapes », résume au Monde le porte-parole de l'Elysée, Bruno Roger-Petit. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, emploie quant à lui un lieu commun du discours politique : la « pédagogie », « nécessaire » dans « une étape charnière ».

« Le président a le sentiment qu'une étape a été franchie avec les ordonnances concernant le Code du travail. Il estime qu'il n'y a pas eu de forte mobilisation contre ses réformes, il en tire donc la conclusion qu'une étape a été franchie », observe Bruno Cautrès. Le président ne pourra toutefois se contenter de défendre son bilan. En particulier auprès des « catégories populaires, des fonctionnaires et des retraités qui peuvent craindre son action », souligne le chercheur. « Il a à rassurer et à faire passer le message qu'il va s'occuper d'eux », juge-t-il. Ce faisant, il pourrait ainsi répondre implicitement à la gauche, qui l'accuse d'être le « président des riches », en s'appuyant sur la réforme de l'ISF (impôt sur la fortune), la baisse des contrats aidés et des aides au logement et la hausse de la CSG.

Soigner son image en France aussi bien qu'à l'international

Cet entretien télévisé intervient au lendemain de la publication de son interview à Der Spiegel. Un timing qui « ne doit rien au hasard » selon Bruno Cautrès : « Le Président est convaincu qu'il a d'abord à imposer son agenda et sa stature au niveau européen, de manière à gagner une crédibilité européenne et internationale pour ses réformes en France. Une bonne partie de son agenda repose sur le fait que l'Allemagne d'Angela Merkel doit l'adouber ».

Pour le politologue, l'entretien télévisé ce dimanche devrait être « bien plus concret » que l'interview au Spiegel, « qui trace de grandes lignes ». « Il va redescendre dans l'arène française ».