Le budget 2018, acte II de la «transformation» Macron


Le budget 2018, acte II de la «transformation» Macron
LE FIGARO - Le Figaro - Politique - L'actualité du gouvernement et de l'opposition  /  Bourmaud, François-Xavier, Guichard, Guillaume

Après les ordonnances sur le Code du travail, le chef de l'État entend montrer sa volonté de réformer le pays avec le projet de loi de finances qui arrive ce mardi à l'Assemblée.

Pas facile de faire tout ce que l'on a dit. Surtout lorsqu'il s'agit du budget. Celui de 2018 arrive ce mardi à l'Assemblée nationale pour y affronter les ardeurs des députés impatients d'y apporter des amendements. Si la majorité ne devrait pas perturber l'équilibre global du texte, Emmanuel Macron se montre toutefois vigilant. Il en va de son premier budget et, avec lui, de la trajectoire économique et fiscale sur laquelle il entend engager son mandat. Ce budget 2018, c'est le deuxième acte de la transformation macroniste. Après la réforme du Code du travail, place aux mesures plus protectrices.

«Sur tout, je fais ce que j'ai dit», a assuré le chef de l'État lors de son intervention télévisée de dimanche sur TF1. Son budget vise donc à réduire les dépenses publiques, à relancer l'économie, à augmenter le pouvoir d'achat, à stabiliser la fiscalité sur les cinq ans à venir, le tout en rassurant Bruxelles. Un équilibre complexe à trouver et qui a déjà valu à Emmanuel Macron le surnom de «président des riches». Lui assume la transformation de l'impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) et l'instauration d'une «flat tax» de 30 % sur les revenus du capital baptisée «prélèvement forfaitaire unique» (PFU). «Je n'aime pas la jalousie qui consiste à dire "ceux qui réussissent on va les taxer, les massacrer parce qu'on ne les aime pas"», a expliqué le chef de l'État. «Je ne crois pas au ruissellement, mais je crois à la cordée (…). Si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c'est toute la cordée qui dégringole», a poursuivi le président. La majorité ne jettera donc que des gravillons… Des députés LREM veulent en effet taxer les yachts, les voitures de luxe et les lingots, «signes extérieurs de richesse» qui ne seront plus soumis au dispositif qui succède à l'ISF. «Si c'est la condition pour faire passer la réforme…», soupire un visiteur du soir de l'Élysée.

Des gestes peu audibles

Car la majorité a toutes les peines du monde à contrer les attaques venant de la gauche. La Direction du Trésor, à Bercy, a pourtant calculé que les ménages les plus modestes gagneront 2,1 % de niveau de vie durant le quinquennat grâce aux mesures prévues par Emmanuel Macron. À ce titre, le budget 2018 entérine l'exonération d'un tiers de la taxe d'habitation pour 80 % des ménages. Cette disposition coûte presque autant (3 milliards d'euros) que la création de l'IFI (3,2 milliards). De plus, rappelle Amélie de Montchalin, la jeune responsable du groupe LREM en commission des finances, «l'effort de 1,4 milliard d'euros en plus, que nous faisons sur les crédits de la mission Solidarité et insertion, est sans précédent».

Cette manne servira à revaloriser la prime d'activité de 18 % à l'automne 2018. L'allocation adulte handicap, l'ex-minimum vieillesse ainsi que l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) augmenteront chacun de 30 euros l'année prochaine. Le coût pour l'État? Pas moins de 3,2 milliards d'euros, justement. Ces gestes restent, malheureusement pour l'exécutif, peu audibles face aux attaques de la gauche - mais aussi de la droite - contre la coupe de 1,4 milliard d'euros dans les emplois aidés et celle de 1,7 milliard dans les aides au logement.

Pour 2018, les perspectives françaises «pointent dans la bonne direction»

Jean-Claude Juncker

Contrepartie de ces deux choix budgétaires tranchés, Emmanuel Macron s'est attiré la bienveillance de Bruxelles. Un dernier point acquis lundi après la visite d'Édouard Philippe au patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Pour 2018, les perspectives «pointent dans la bonne direction», a assuré le chef de l'exécutif européen à l'issue de son entretien avec le premier ministre français.

Pour Bruxelles, Paris est désormais en passe de sortir de la procédure de déficit budgétaire excessif, peut-être même dès 2018. Jean-Claude Juncker s'est en tout cas dit «assez admiratif» de voir la France prévoir de rester dans les clous des 3 % de déficit budgétaire en 2017, au prix d'un plan d'économies de près de 4 milliards d'euros piloté par le premier ministre au début de l'été. «Ce seuil des 3 % est un marqueur extrêmement important mais pas vis-à-vis de Bruxelles, nuance-t-on dans l'entourage d'Édouard Philippe. Le respecter signifie avant tout que la France retrouve sa souveraineté.»

Encore faudra-t-il que l'exécutif se dépêtre d'une facture inattendue de plus de 9 milliards d'euros. La conséquence de la censure par le Conseil constitutionnel, le 6 octobre, de la taxe à 3 % sur les dividendes distribués par les entreprises, instaurée par François Hollande en 2012. «C'est une très mauvaise nouvelle qui nous vient de l'équipe précédente», lâche-t-on à Matignon. Une figure LREM de la commission des finances renchérit: «C'est un scandale d'État.» Il découle en effet de cette décision que l'État doit rembourser très vite toutes les entreprises qui ont payé cet impôt durant ces trois dernières années. Le gouvernement veut néanmoins temporiser. Il se donne jusqu'à la présentation, à la fin de l'automne, du projet de budget rectificatif pour 2017 pour sortir de la nasse. La solution? Négocier un étalement du remboursement de la taxe avec les entreprises et… créer une surtaxe pour les grands groupes. Tant pis si cela brouille le message pro-entreprise que l'exécutif tente d'imprimer à l'international, l'équation budgétaire ne laisse guère d'autre choix.



Original Article: http://www.lefigaro.fr/politique/2017/10/16/01002-20171016ARTFIG00344-le-budget-2018-acte-ii-de-la-transformation-macron.php

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