16 ans après, la justice tranche sur la catastrophe d'AZF


16 ans après, la justice tranche sur la catastrophe d'AZF
LE FIGARO - Le Figaro - France : Toute l'actualité en France  /  Paolini, Esther, Agences, AFP, Reuters

Le drame avait fait 31 morts et 2500 blessés en septembre 2001. Après un troisième procès, le traumatisme est intact. L'ancien directeur, Serge Biechlin, risque jusqu'à trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende.

C'était le 21 septembre 2001. À 10h17, une explosion retentissait dans l'usine de pétrochimie AZF à Toulouse, faisant 31 morts et 2500 blessés. 16 ans plus tard, et trois longs procès, la justice rend mardi sa décision sur la pire catastrophe industrielle récente en France. À 13h30, la cour d'appel de Paris prononcera son verdict sur la bataille judiciaire qui oppose depuis, les victimes et la société exploitante Grande Paroisse, filiale du groupe Total. Après un troisième procès de quatre mois, retransmis en direct à Toulouse, l'accusation avait estimé en mai que Serge Biechlin, directeur de l'usine, était bien coupable d'homicides involontaires.

Aujourd'hui âgé de 72 ans, Serge Biechlin était directeur de l'usine au moment du drame. Aujourd'hui âgé de 72 ans, Serge Biechlin était directeur de l'usine au moment du drame. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP

Le parquet général avait requis trois ans de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre lui. L'amende maximale, 225.000 euros avait également été requise à l'encontre de la société exploitante et gestionnaire du site, aujourd'hui rasé.

Trois procès, 120 tomes de procédure et 187 témoins

Lors du premier procès en 2009 à Toulouse, l'homme comme l'entreprise avaient été relaxés au bénéfice du doute. Ils avaient en revanche été lourdement condamnés en appel en 2012, pour «une pluralité de fautes caractérisées et graves», ayant rendu la catastrophe possible. Mais cette condamnation avait été annulée par la Cour de cassation pour défaut d'impartialité d'un magistrat, engagé dans une association d'aide aux victimes.

Le troisième procès n'a pas apporté de révélations, mais la décision de la justice est très attendue par les victimes, épuisées par des années de litige et des séquelles parfois lourdes de l'explosion. La procédure judiciaire, d'une ampleur exceptionnelle, avec plus de 120 tomes de procédure et 187 témoins entendus, a été émaillée de débats très techniques.

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Le traumatisme est intact pour les anciens travailleurs d'AZF, qui n'ont pas oublié le «sentiment d'apocalypse». Cette douleur s'ajoute à la colère de n'avoir pu «monter à Paris» pour assister aux dernières audiences.

Vue prise le 22 septembre 2001 de l'usine chimique AZF, après la catastrophe. Vue prise le 22 septembre 2001 de l'usine chimique AZF, après la catastrophe. ERIC CABANIS/AFP

Chute de météorite, essais nucléaires ou attentat... De nombreuses théories farfelues

Deux visions de la catastrophe s'opposent toujours. Les 2700 victimes, qui se sont constituées parties civiles, ont demandé à la justice de retenir le scénario d'une explosion due au déversement accidentel d'un produit chloré sur un tas de nitrate d'ammonium, rendu possible par une mauvaise gestion des déchets de cette usine classée Seveso 2.

L'accusation s'est attachée à démonter les «hypothèses folles» qui courent depuis quinze ans sur les causes du drame: chute de météorite, essais nucléaires, crash d'avion ou d'hélicoptère, missile... «Il n'y a pas de mystère AZF. Il y a une explosion qui a commencé dans le bâtiment 221», où était stocké du nitrate d'ammonium, avait assené l'un des avocats généraux.

De son côté, la défense a émis des doutes sur cette piste dite «accidentelle». Elle a avancé d'autres hypothèses: un acte terroriste, dans une ville comptant des foyers de radicalisation islamiste, dix jours après l'attaque contre les tours jumelles du World Trade Center, ou une explosion due à de très vieux résidus de poudre dans le sol. Pour les associations de victimes, ces théories alternatives relèvent de la «pure manipulation», qui «permet à Total de s'exonérer de sa responsabilité».

Le groupe pétrolier, qui dit avoir déboursé 2,5 milliards d'euros au titre de sa responsabilité civile, rejette toute faute pénale. Les parties civiles ont demandé, en vain jusque-là, que la maison mère soit jugée en même temps que sa filiale. La cour d'appel se prononce également à cet égard mardi.



Original Article: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/10/31/01016-20171031ARTFIG00089-16-ans-apres-la-justice-tranche-sur-la-catastrophe-d-azf.php

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